Mots tordus
Chambre de torture de la langue, qu'on tord et qu'on triture, parfois à bon escient.
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Ni ni
Face à une œuvre somptueuse que vous découvrez ou commentez en public, dites toujours à la cantonnade “Ah, quel dommage que je n’ai ni le temps ni le talent pour faire ça !” Ce sera rigoureusement vrai la plupart du temps et pourtant, magie des mots, ce que tout le monde comprendra, c’est que si seulement on vous accordait deux ou trois semaines tranquille ou quelque chose comme ça, un peu de temps pour vous, la chapelle Sixtine serait complètement à votre portée.
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La Féminisation pour les Nuls
Salut les fragiles ! Suite à la recommandation de l’Académie, un petit fil #Féminisation pour vous. D’abord, le texte. Il est là.
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Lumineux
Idée d’un roman SF : en 3017, pour des raisons inconnues et mystérieuses, tout est pareil qu’aujourd’hui.
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Gloire nationale
Prédestination : prénommée Lindsay, elle est devenue statisticienne.
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Sauf à quitter votre canapé
Le problème, quand on déforme la langue, c’est qu’on la déforme pour tout le monde.
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Gazouillis II
Le saviez-vous ? Avant même l’invention du papier, bien des peuples pratiquaient la mise en pagne.
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Tout contre
Un temps j’espérais trouver chez les réactionnaires du web une pensée critique, ou même une pensée en mouvement. Mais non. Certains, tous peut-être, sont persuadés d’être libérés du carcan de la pensée unique. Ils ne le sont que de la pensée majoritaire, et encore, pas sur tous les fronts. Ils sont pris au piège du raisonnement inverse. Renaud Camus a au moins ça pour lui : ce qui le gêne dans la pensée unique n’est pas qu’elle serait fausse, mais qu’elle serait trop vraie, qu’elle pêcherait par excès de vérité. C’est ce qui la rend englobante, absolue, totalitaire : en un mot, unique.
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Fol espoir
Voyant régulièrement le nom de Jean-Luc Mélenchon estropié en “Mélanchon”, me saisit parfois l’espoir d’une malheureuse confusion, ô combien excusable (j’y suis sujet moi-même, et je m’excuse avec une grande facilité), avec Philippe Mélanchthon. Quelques doutes subsistent, que je balaye hardiment, trop heureux de cet élan renouvelé de mon amour pour l’Humanité[1]. Puis je me souviens qu’une personne sur trois ou quatre parvient, sur Internet du moins, à écorcher Sarkozy en Sarkosi, de manière systématique. Alors, songeant que ce nom s’affiche dans son orthographe correcte à des millions d’occurrences, partout autour de nous, dans les rues, les journaux et les écrans, je me demande : qui peut bien porter si peu d’attention aux faits ? Ou alors, serais-je, moi, abyssal ignorant, passé à côté d’un autre théologien allemand du seizième siècle ? Un certain Sarkhosi ?
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Gazouillis
À chaque fois qu’un homme politique ouvre la bouche qui est la sienne, les adjectifs possessifs qui sont les nôtres souffrent un peu plus.
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Au sommet de l'État
Je n’ai pas impacté le poids du symbole.
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Puisqu'il le faut bien
Sur le plan politique[1], je ne sais plus très bien où j'en suis, sans le vivre trop mal. Plus à gauche, pas encore à droite, et pas tant qu'elle sera incarnée par la vulgarité crasse. Par-delà tout ça (mais c'est certainement une posture). La gauche s'arroge le monopole de la morale et du discours correct, la droite celui de l'intelligence et de l'attention aux faits. Le centre n'existe pas. La liberté m'est chère. L'égalité reste cependant un instinct puissant. La fraternité, cette touche du génie français qui croit pouvoir concilier les contraires, a été détournée en solidarité. L'éducation m'effraie. J'ai l'impression qu'elle s'effrite. Je ne sais pas ce que Joseph apprendra à l'école. Cette intuition, plus forte que jamais : la morale n'apparaît qu'avec un enfant.