Basses trahisons
Où l'on parlera surtout traduction, de l'anglais, de l'hébreu, de traduction en général, de traductions mauvaises, de traductions fantastiques, de difficulté de la traduction, de sa richesse, de son importance. De sa possible vérité.
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Je suis celui qui est
Exode 3.14 a très longtemps été traduit par un présent. On a, au départ, “Ἐγώ εἰμι ὁ ὤν” dans la Septante, un présent, “Ego sum qui sum” dans la Vulgate, présent aussi, “Je suis celui qui est” dans la Bible de Jérusalem, “Je suis celui qui suis” dans Segond, “I am what I am” dans King James, mais tout de même “Je suis celui qui serai” dans la TOB, la traduction œcuménique, qui date de 1975. Pourquoi ce futur au deuxième verbe être ? Eh bien tout simplement parce que, en hébreu, ce sont deux futurs identiques à la suite, אֶֽהְיֶ֖ה אֲשֶׁ֣ר אֶֽהְיֶ֑ה, èhiè ashèr èhiè. Exode 3.14 devrait se traduire, littéralement, par “je serai qui je serai”. André Chouraqui en était tellement embêté que, dans sa traduction à lui, de 1974, dont l’objectif était de redécouvrir l’hébreu enfoui sous les traditions vernaculaires, il a carrément gardé l’hébreu, avant de poser cette traduction très littérale qui allait contre mille cinq cents ans de traduction :
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Retour en traduction
Parler de traduction, en parler en détail, avec minutie, je ne le fais qu’avec É., et c’est alors tout de suite très pointu puisque c’est son métier aussi, et même dans son cas sa formation universitaire. Dans le temps j’allais souvent sur un forum de traducteurs (surtout -trices), mais il a disparu quelques mois, et ses archives avec lui, et avec tout ça la plupart de ses intervenants, si bien que j’ai perdu l’habitude de m’y rendre. Et puis là encore, on parlait entre collègues, on ne faisait pas d’effort de pédagogie particulier. On justifiait nos choix entre professionnels.