Avec l'âge on en apprend, des choses
Plus on vieillit, plus on va vers l’évidence. Ou alors seulement moi ?
J’ai l’impression que l’âge, disons même l’expérience parce que je ne voudrais pas donner un tour trop négatif à tout ça, j’ai l’impression que l’expérience, donc, plutôt que de me permettre d’atteindre des stades supérieurs de pratique ou de conscience, me permet simplement de mieux me rendre compte de la juste valeur de ce que tout le monde voit et connaît déjà.
Ainsi, maintenant que je ne peux plus vraiment faire semblant de ne pas passer ma vie à écrire (ce que longtemps je fis, par humilité je crois ; si si), maintenant que, de cette enfin longue pratique, trop longue pour être niée, j’ai tiré au moins un peu d’expérience, si je devais donner un conseil, un seul, aux aspirants et aspirantes, ce conseil serait le suivant : pensez à ce que vous voulez dire.
Attention, pas “pensez plus”. Ça voudrait dire qu’existent des pensées profondes qu’il s’agirait de déterrer, alors que non, pas du tout. Vos pensées sont les bonnes, n’allez pas chercher plus loin. Pensez, juste pensez.
Mais chaque mot. Pensez chaque mot. Parce que chaque mot dit quelque chose (je vous avais prévenu, tout le monde le sait), et il dit quelque chose de plus, ou de moins, ou de différent de ce que vous pensiez, je vous le garantis. C’est ainsi qu’on lit si souvent : ce n’est pas ce que je voulais dire.
Mais alors quoi ? Que vouliez-vous dire ? Pensez-y. Pensez à ce que vous voulez dire. Puis écrivez-le. Et recommencez, parce que ce n’était pas exacement ça. Regardez, cet âge, plus haut : ce n’était pas lui, le bon mot. Et parfois même les petits, parfois mêmes les plus insignifiants, les donc, les que, les tu, parfois ceux-là ne sont pas les bons. Pensez-y.
Vos mots sont précieux, non parce qu’ils sont beaux, ou vieux, ou rares, mais par la place qu’ils occupent dans vos idées. Par le sens qu’ils portent. Par ce qu’ils convoient d’intention. Ne les enfilez pas comme des perles qui se suivent les unes les autres parce qu’on a toujours fait comme ça, car c’est là qu’on écrit mal. C’est là qu’on ne pense plus. C’est là qu’on s’endort en volant aux autres. N’adoptez pas de tournure. Fuyez les refuges. Si ce mot est là c’est qu’il y a une raison et cette raison ne devrait jamais se limiter à celui qui le précède. Chacun s’ouvre sur l’infini des possibles. Profitez-en.
Pensez à ce que vous voulez dire. Puis écrivez-le.