Quand j’écris, traduis, corrige même, je fais toujours un effort particulier pour éviter les rimes, externes évidemment mais, surtout, internes. Non pas que je sois naturellement poète, pas plus qu’un autre, de sorte que les rimes me viendraient comme ça en surabondance, non. Je crois qu’elles viennent à tout le monde, et qu’elles viennent trop facilement. Qu’on privilégie le son au sens, en quelque sorte, que le cerveau suit la pente de la répétition, quand il devrait la remonter, en quête de sens frais, de dissonnance. De surprises acoustiques qui sont la marque de la vérité, d’une réflexion qui refuse le réflexe afin d’aller plus loin, plus haut, plus neuf.

Je n’ai pas fait de recherches particulières en ce sens, mais je suis prêt à parier que cet effort, ce goût : ne pas rimer, est plutôt partagé, chez les prosateurs, car c’est avec raison qu’on aime écrire sans rime.