<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom" ><generator uri="https://jekyllrb.com/" version="4.3.4">Jekyll</generator><link href="https://tcheni.fr/feed.xml" rel="self" type="application/atom+xml" /><link href="https://tcheni.fr/" rel="alternate" type="text/html" /><updated>2026-01-12T20:46:18+01:00</updated><id>https://tcheni.fr/feed.xml</id><title type="html">tcheni</title><subtitle>Traversée de la toile en solitaire.</subtitle><entry><title type="html">Journée portes ouvertes</title><link href="https://tcheni.fr/donjonneries/2026/01/12/journee-portes-ouvertes.html" rel="alternate" type="text/html" title="Journée portes ouvertes" /><published>2026-01-12T20:25:30+01:00</published><updated>2026-01-12T20:25:30+01:00</updated><id>https://tcheni.fr/donjonneries/2026/01/12/journee-portes-ouvertes</id><content type="html" xml:base="https://tcheni.fr/donjonneries/2026/01/12/journee-portes-ouvertes.html"><![CDATA[<p>Intuition, sur une inspiration de Rob Donoghue…</p>

<p>Dans le jeu tradi (entendez : celui que j’ai appris à dix ans), le rôle de MJ est à 100 % d’être l’hôte de la partie, c’est-à-dire à la fois son initiateur, son animateur et le plus investi dans son organisation et sa réussite (je masculinise à outrance, parce que ça colle bien au propos). Or, prendre du plaisir dans ce genre de situation, ce n’est pas donné à tout le monde. C’est épuisant, souvent frustrant. Plus rare encore sont ceux qui parviennent à y prendre du plaisir sans contrepartie aucune, ni la reconnaissance ni même le plaisir de constater que ça plaît. Ça demande une  disposition d’esprit tout à fait particulière et certainement pas mal de maturité émotionnelle.</p>

<p>Toutes choses dont le (oui, encore) rôliste moyen n’est pas nécessairement pourvu.</p>

<p>Jusque-là, j’enfonce des portes ouvertes et je ne sais pas vraiment si j’en rencontrerais de fermées. Mais ça me permet de voir qu’un des axes très nets de l’histoire récente du jeu de rôle va être de s’attaquer à ça, à ce problème-là, par beaucoup de moyens différents.</p>

<p>Le premier, pas nécessairement chronologiquement, quoique, les parties avec co-MJs ne sont pas exactement récentes, va chercher à répartir  le rôle de MJ entre tout le monde, ou entre plus de monde, voire à se passer de ce rôle complètement. L’objectif est de rendre le jeu plus facile, plus convivial, mieux réparti, moins intimidant, moins fatigant à préparer, à organiser. C’est la narration partagée, le jeu sans MJ ou tous MJ, les <em>Alice is Missing</em> et les <em>Pour la reine</em>.  Là encore : porte ouverte (par ailleurs, ce n’est pas nécessairement “pour s’attaquer à ça” que cet axe est apparu, il avait d’autres excellentes raisons de le faire, comme, au hasard : c’est très fun aussi).</p>

<p>Ouverte aussi, mais peut-être un peu moins : quand on est dans ce rôle d’hôte, on va plus facilement penser que le résultat, la partie, la fiction produite, la soirée passée, est entièrement sienne. Qu’on en est non seulement responsable, on en est propriétaire. De là certains comportements toxiques : les chutes de nécropole, le dirigisme excessif, l’absence de considération pour les autres et leur sécurité émotionnelle au profit de “la partie telle qu’on l’a envisagée”, l’œuvre (c’est le mot) qu’on propose et qu’il serait malvenu, impoli, criminel d’altérer. L’objectif, cette fois, c’est de rendre le jeu plus collectif, moins égocentré, moins au service d’un seul et de son plaisir. C’est l’axe <em>Apocalypse World</em>, si vous voulez. Soyez fans des personnages, pas de votre “création”.</p>

<p>Ouverte enfin, celle-là plutôt grand : le contrat social. Poser les choses dès le début, dans les deux sens, afin par exemple de s’assurer de l’investissement continu de tous et pas seulement du MJ, de répartir les fonctions annexes (organisation, accueil, prise de note, récit, cartographie, whatever), de se préoccuper des attentes de chacune et chacun. Autrement dit : clarifier la situation. Ne pas laisser entendre qu’on cherche des gens pour s’amuser de temps en temps quand, en réalité, on cherche des otages pour nous écouter parler et applaudir les fruits de notre imagination. Notez que cet exercice, parfois implicite d’ailleurs (par exemple en creux dans une annonce de MJ qui cherche des partenaires et présente sa campagne), n’est pas avant tout destiné à la calibration, mais à la sélection. Il s’agit de savoir si, oui ou non, on voudrait jouer comme ça. Pas de changer sa façon de jouer pour plaire aux autres (même si ce n’est pas interdit non plus).</p>

<p>Ce qui me frappe dans tout ça (ce qui arrive quand les portes s’ouvrent dans la gueule), un peu annoncé par ce petit chacune et chacun venu se glisser dans le paragraphe du dessus, c’est combien la féminisation de ce loisir en dépendait. Sans tout ce parcours, et bien qu’il y ait eu bien sûr des joueuses depuis le début (ma première grand tablée, où j’étais MJ, en comptait six, et deux joueurs en plus de moi), cette configuration se prête bien trop aux rapports de puissance pour être agréable quand on a déjà l’impression d’en subir trop ailleurs, quand on les fuit, quand ils ne nous intéressent pas, quand on n’est pas là pour applaudir sans rien dire ou, plus généralement, quand l’immaturité émotionnelle nous gonfle déjà bien assez comme ça.</p>

<p>Ce qui me frappe aussi, c’est qu’il reste tout à fait possible de jouer complètement tradi en intégrant tout ça. Peut-être pas le premier point — et encore, voir la notule sur les co-MJs — mais au moins les deux suivants. Certaines tables ont même toujours fonctionné comme ça sans avoir du tout besoin qu’on les oriente. Tout ce qu’il faut, c’est que la personne qui endosse le rôle du MJ soit au moins un peu consciente de cette affaire, consciente d’être l’hôte et de devoir pour cette raison en rabattre sur ses exigences, en rabattre volontairement, explicitement. De comprendre que tout le monde ne pourra pas être autant investi et très bien s’en accommoder, ou de s’investir moins soi-même. Sinon, ce sera la cata.</p>

<p>Ce qui me frappe enfin, c’est que ce loisir ait eu <em>besoin</em> de se poser ce genre de questions et de concevoir des jeux qui en intégraient les réponses. Est-ce que d’autres domaines devraient aussi en passer par là mais ne l’ont jamais fait ? Est-ce que d’autres domaines l’ont fait et que je ne m’en rends pas compte ? Est-ce qu’il n’y a que dans le jdr que ce problème se pose sous cette forme et appelle ce genre de solutions ?</p>]]></content><author><name></name></author><category term="Donjonneries" /><summary type="html"><![CDATA[Intuition, sur une inspiration de Rob Donoghue…]]></summary></entry><entry><title type="html">Vitry-sur-Vermer</title><link href="https://tcheni.fr/journal%20d'un%20%C3%A9crivant/2026/01/07/vitry-sur-vermer.html" rel="alternate" type="text/html" title="Vitry-sur-Vermer" /><published>2026-01-07T14:30:30+01:00</published><updated>2026-01-07T14:30:30+01:00</updated><id>https://tcheni.fr/journal%20d&apos;un%20%C3%A9crivant/2026/01/07/vitry-sur-vermer</id><content type="html" xml:base="https://tcheni.fr/journal%20d&apos;un%20%C3%A9crivant/2026/01/07/vitry-sur-vermer.html"><![CDATA[<p><img src="/assets/Vermer.jpg" alt="la neige change les villes en paysage flamand" /></p>]]></content><author><name></name></author><category term="Journal d&apos;un écrivant" /><summary type="html"><![CDATA[]]></summary></entry><entry><title type="html">En cette année nouvelle…</title><link href="https://tcheni.fr/messages%20de%20service/2026/01/04/en-cette-annee-nouvelle.html" rel="alternate" type="text/html" title="En cette année nouvelle…" /><published>2026-01-04T18:25:30+01:00</published><updated>2026-01-04T18:25:30+01:00</updated><id>https://tcheni.fr/messages%20de%20service/2026/01/04/en-cette-annee-nouvelle</id><content type="html" xml:base="https://tcheni.fr/messages%20de%20service/2026/01/04/en-cette-annee-nouvelle.html"><![CDATA[<p>… Que je vous souhaite excellente, santé, bonheur, joie dans les cœurs, j’ai ajouté en bas de page un lien vers <a href="https://ko-fi.com/benjaminpeylet90121">une page kofi</a>. Elle permettra à de généreux donateurs, que dis-je, à de dévoués mécènes, de me verser à l’occasion les sommes mirobolantes qui leur paraîtront justes, afin que l’activité frénétique dont je fais preuve en ces lieux soient directement convertie en espèces trébuchantes. De cette initiative ne peut sortir que du bon, selon mes calculs : j’y gagnerai, soit en thunes, soit en humilité.</p>]]></content><author><name></name></author><category term="Messages de service" /><summary type="html"><![CDATA[… Que je vous souhaite excellente, santé, bonheur, joie dans les cœurs, j’ai ajouté en bas de page un lien vers une page kofi. Elle permettra à de généreux donateurs, que dis-je, à de dévoués mécènes, de me verser à l’occasion les sommes mirobolantes qui leur paraîtront justes, afin que l’activité frénétique dont je fais preuve en ces lieux soient directement convertie en espèces trébuchantes. De cette initiative ne peut sortir que du bon, selon mes calculs : j’y gagnerai, soit en thunes, soit en humilité.]]></summary></entry><entry><title type="html">Collision linguistique</title><link href="https://tcheni.fr/basses%20trahisons/2025/12/30/collision-linguistique.html" rel="alternate" type="text/html" title="Collision linguistique" /><published>2025-12-30T22:49:30+01:00</published><updated>2025-12-30T22:49:30+01:00</updated><id>https://tcheni.fr/basses%20trahisons/2025/12/30/collision-linguistique</id><content type="html" xml:base="https://tcheni.fr/basses%20trahisons/2025/12/30/collision-linguistique.html"><![CDATA[<p>Je ne suis pas trilingue et à vrai dire pas même bi-, mais je me soigne, lentement. En à peu près trois ans, j’ai appris l’hébreu dans mon coin. Je suis loin d’avoir un niveau satisfaisant, je suis encore un peu perdu quand je croise en pleine nature un hébreu sauvage et cadencé, mais parlez-moi un peu lentement, <em>ktsat léat</em>, et je devrais piger le plus gros du truc, à l’oreille. C’est encore plus efficace si j’ai le texte, malgré cette grosse difficulté supplémentaire et, me concernant, particulièrement handicapante, de l’alphabet consonnantique. Voyez-vous, j’ai l’habitude d’apprendre en lisant. C’est comme ça que j’apprends le mieux. Or, l’hébreu, comme l’arabe, exige plus ou moins qu’on connaisse déjà la langue, qu’on sache la parler et la comprendre, avant de savoir la lire. Malgré tout, j’y parviens aujourd’hui et, avec le texte sous les yeux, j’atteins un niveau satisfaisant, un niveau qui me permet de dire, oui, je parle un peu l’hébreu, du moins je le comprends un peu. Donnez-moi un dictionnaire (surtout pour ces fichus verbes) et je déchiffrerai presque à coup sûr. J’ai même renouvelé il y a peu, avec beaucoup d’appréhension, l’expérience sous-titres, déjà tentée sans vraiment de succès du côté d’avril-mai. À présent, oui, j’y arrive. Pas sur tout, pas tout le temps, mais suffisamment pour dire : je parle un peu hébreu. Et comme je parlais déjà un peu l’anglais (plus, mais toujours pas suffisamment) il se produit depuis quelques temps dans ma tête de bien jolies collisions.</p>

<p>La dernière en date : אופן. Prononcez “ofen” mais en fait non, vous ne prononcerez pas comme il le faut pour une raison très rigolote sur laquelle permettez que je digresse. Tout se joue dans le “e”, qui est là, prononcé comme je l’ai entendu jusqu’ici (il est peut-être prononcé différemment ailleurs, c’est même très probable), un “schwa”. Un “schwa” ? vous dites-vous. Mais qu’est-ce donc ? Encore un truc d’oriental ! Pas du tout. Des schwas, le français en est plein. Vraiment plein. Le schwa, qui nous vient… eh bien de l’hébreu שווא, “shva” ou “choua”, qui signifie “vide”, c’est ce qu’on pourrait appeler en français le “e” muet. Techniquement, c’est le terme employé en linguistique pour désigner <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Voyelle_moyenne_centrale">la voyelle moyenne centrale</a>, le [ə], très commun dans beaucoup de langues. Mais, en français, on ne le place jamais comme ça en voyelle avant un “n” bien sonore comme on le fait en hébreu dans “ofen”. Le plus souvent, c’est en épenthèse, autrement dit comme une prothèse finale adjointe qui vient nous aider à prononcer le mot suivant, par exemple : ours brun. Vous l’entendez, ce “e” écrit nulle part entre les deux mots ? C’est un schwa. On l’écrit souvent aussi, sans le prononcer toujours : autre. Pas le scwha. Autre genre. Le schwa. Il lui arrive même souvent, quand on n’est pas trop méridional (auquel cas on en fiche partout)<sup id="fnref:1" role="doc-noteref"><a href="#fn:1" class="footnote" rel="footnote">1</a></sup>, de le placer en milieu de mot : portefeuille. Contrepétrie. Remarquez que ce sont en réalité deux mots collés l’un à l’autre, de là cet embarras du schwa. Mais le plus souvent, un “e” en français, eh bien il n’est pas neutre à ce point, pas moyen à ce point. On l’accentue, il devient haut, pour plus d’<em>effet</em>. Ou bien on le baisse, pour plus de gravité : ça marche un <em>peu</em>. Il lui arrive de se glisser quand même parfois dans un mot anodin, dont la graphie pourrait nous faire croire le contraire : meurtre. On s’en sert aussi, quoique rarement (notez ici l’absence de schwa ; le “e” de rarement est complètement muet, du moins quand on habite au nord de la Loire et à l’ouest du Quiévrain), rarement, donc, mais tout de même parfois, pour différencier singulier et pluriel, figurez-vous : des œufs (voyelle basse), un œuf (voyelle moyenne : schwa). Des bœufs, un bœuf. Mais je ne comptais pas vous bassiner avec ça, navré. Ce qu’il y a, ce qui est intéressant, c’est tout de même de noter que si le mot “schwa” nous vient de l’hébreu et si en hébreu on arrive à en trouver comme ça avant un “n”, c’est évidemment parce que, d’une certaine manière, en hébreu, toutes les voyelles<sup id="fnref:2" role="doc-noteref"><a href="#fn:2" class="footnote" rel="footnote">2</a></sup> sont des choix. On choisit comment les prononcer, car la graphie n’impose rien. L’usage s’en charge évidemment, mais songez que c’est ainsi qu’on s’est retrouvé, circa dix-neuvième, avec des ashkénazes qui prononçaient l’hébreu très différemment des séfarades. Rergardez aussi comment les arabophones interchangent tout le temps les e et les a, d’un pays à l’autre. Pour eux, là aussi, c’est un choix.</p>

<p>Bref : ofen, en hébreu, c’est la façon, la manière. Pour dire “normalement”, “en gros”, “en général”, on dit “béOfen Clali” (באופן כללי), soit littéralement “de façon générale”, comme en français. Et si vous avez suivi mon guide de prononciation du précédent paragraphe et que vous parlez un peu anglais, il y a peut-être eu un écho avec un autre mot, anglais celui-ci : often. Oui, c’est exactement comme ça qu’il se prononce, mais pour une raison mystérieuse, s’il y en a une, car c’est un autre mot qui en anglais résonne réellement avec lui, par rebond : la mode. En hébreu, אופנה. “Ofna”. Et bien sûr en hébreu, une telle proximité graphique nous indique que les deux sont bien des dérivés de la même racine aleph, pé, noun. La mode, c’est aussi la manière et la façon, d’ailleurs en français aussi mais plutôt lointainement, non ? Alors qu’outre-manche, on a complètement gardé ce lien : fashion.</p>

<p>Bim. Bon sang mais c’est bien sûr. Collision. La fashion des anglais, c’est notre façon !</p>

<h5 id="notes">Notes</h5>

<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
  <ol>
    <li id="fn:1" role="doc-endnote">
      <p>Toutes mes indications phonétiques sont désespérément franco-parisiano centrées, je l’admets autant que je le déplore, mais que voulez-vous ? C’est ainsi que je parle moi. <a href="#fnref:1" class="reversefootnote" role="doc-backlink">&#8617;</a></p>
    </li>
    <li id="fn:2" role="doc-endnote">
      <p>Du moins toutes les vraies voyelles. Ne me demandez pas quel est le critère, je me contente de vous les lister, c’est facile il n’y en a que deux : a et e. Les i, les o, les ou, les y surtout, sont en réalité notés (la plupart du temps) dans l’alphabet hébreu, tout consonnantique qu’il soit, parce qu’elles sont considérés comme des quasi-consonnes. <a href="#fnref:2" class="reversefootnote" role="doc-backlink">&#8617;</a></p>
    </li>
  </ol>
</div>]]></content><author><name></name></author><category term="Basses trahisons" /><summary type="html"><![CDATA[Je ne suis pas trilingue et à vrai dire pas même bi-, mais je me soigne, lentement. En à peu près trois ans, j’ai appris l’hébreu dans mon coin. Je suis loin d’avoir un niveau satisfaisant, je suis encore un peu perdu quand je croise en pleine nature un hébreu sauvage et cadencé, mais parlez-moi un peu lentement, ktsat léat, et je devrais piger le plus gros du truc, à l’oreille. C’est encore plus efficace si j’ai le texte, malgré cette grosse difficulté supplémentaire et, me concernant, particulièrement handicapante, de l’alphabet consonnantique. Voyez-vous, j’ai l’habitude d’apprendre en lisant. C’est comme ça que j’apprends le mieux. Or, l’hébreu, comme l’arabe, exige plus ou moins qu’on connaisse déjà la langue, qu’on sache la parler et la comprendre, avant de savoir la lire. Malgré tout, j’y parviens aujourd’hui et, avec le texte sous les yeux, j’atteins un niveau satisfaisant, un niveau qui me permet de dire, oui, je parle un peu l’hébreu, du moins je le comprends un peu. Donnez-moi un dictionnaire (surtout pour ces fichus verbes) et je déchiffrerai presque à coup sûr. J’ai même renouvelé il y a peu, avec beaucoup d’appréhension, l’expérience sous-titres, déjà tentée sans vraiment de succès du côté d’avril-mai. À présent, oui, j’y arrive. Pas sur tout, pas tout le temps, mais suffisamment pour dire : je parle un peu hébreu. Et comme je parlais déjà un peu l’anglais (plus, mais toujours pas suffisamment) il se produit depuis quelques temps dans ma tête de bien jolies collisions.]]></summary></entry><entry><title type="html">Cyberpunk et faux prophètes</title><link href="https://tcheni.fr/psychologie%20des%20foules/2025/12/25/cyberpunk-et-faux-prophetes.html" rel="alternate" type="text/html" title="Cyberpunk et faux prophètes" /><published>2025-12-25T20:38:30+01:00</published><updated>2025-12-25T20:38:30+01:00</updated><id>https://tcheni.fr/psychologie%20des%20foules/2025/12/25/cyberpunk-et-faux-prophetes</id><content type="html" xml:base="https://tcheni.fr/psychologie%20des%20foules/2025/12/25/cyberpunk-et-faux-prophetes.html"><![CDATA[<p>L’erreur du Cyberpunk a été de croire que nous troquerions notre humanité et notre identité contre des capacités intellectuelles et physiques décuplées par le recours à l’informatique, alors que nous les troquons contre des capacités moindres et des fausses vidéos de chat.</p>

<p>Nous abdiquons notre créativité, comme si nous souhaitions absolument laisser à d’autres la propriété de nos moyens de production en ce domaine aussi. La propriété de nos cerveaux, de nos imaginations, de nos vies intérieures.</p>

<p>Nous abdiquons notre curiosité, trop prenante, trop lente à assouvir. Un résumé algorithmique aux sources douteuses nous suffira bien.</p>

<p>Nous abdiquons notre volonté de nous attacher au vrai, celle-ci complètement obsolète. Nous l’avons vendu pour un bon prix : une poignée de comptes sur les réseaux sociaux.</p>]]></content><author><name></name></author><category term="Psychologie des foules" /><summary type="html"><![CDATA[L’erreur du Cyberpunk a été de croire que nous troquerions notre humanité et notre identité contre des capacités intellectuelles et physiques décuplées par le recours à l’informatique, alors que nous les troquons contre des capacités moindres et des fausses vidéos de chat.]]></summary></entry><entry><title type="html">En rimes</title><link href="https://tcheni.fr/journal%20d'un%20%C3%A9crivant/2025/12/15/en-rimes.html" rel="alternate" type="text/html" title="En rimes" /><published>2025-12-15T13:34:30+01:00</published><updated>2025-12-15T13:34:30+01:00</updated><id>https://tcheni.fr/journal%20d&apos;un%20%C3%A9crivant/2025/12/15/en-rimes</id><content type="html" xml:base="https://tcheni.fr/journal%20d&apos;un%20%C3%A9crivant/2025/12/15/en-rimes.html"><![CDATA[<p>Quand j’écris, traduis, corrige même, je fais toujours un effort particulier pour éviter les rimes, externes évidemment mais, surtout, internes. Non pas que je sois naturellement poète, pas plus qu’un autre, de sorte que les rimes me viendraient comme ça en surabondance, non. Je crois qu’elles viennent à tout le monde, et qu’elles viennent trop facilement. Qu’on privilégie le son au sens, en quelque sorte, que le cerveau suit la pente de la répétition, quand il devrait la remonter, en quête de sens frais, de dissonnance. De surprises acoustiques qui sont la marque de la vérité, d’une réflexion qui refuse le réflexe afin d’aller plus loin, plus haut, plus neuf.</p>

<p>Je n’ai pas fait de recherches particulières en ce sens, mais je suis prêt à parier que cet effort, ce goût : ne pas rimer, est plutôt partagé, chez les prosateurs, car c’est avec raison qu’on aime écrire sans rime.</p>]]></content><author><name></name></author><category term="Journal d&apos;un écrivant" /><summary type="html"><![CDATA[Quand j’écris, traduis, corrige même, je fais toujours un effort particulier pour éviter les rimes, externes évidemment mais, surtout, internes. Non pas que je sois naturellement poète, pas plus qu’un autre, de sorte que les rimes me viendraient comme ça en surabondance, non. Je crois qu’elles viennent à tout le monde, et qu’elles viennent trop facilement. Qu’on privilégie le son au sens, en quelque sorte, que le cerveau suit la pente de la répétition, quand il devrait la remonter, en quête de sens frais, de dissonnance. De surprises acoustiques qui sont la marque de la vérité, d’une réflexion qui refuse le réflexe afin d’aller plus loin, plus haut, plus neuf.]]></summary></entry><entry><title type="html">Il n’y avait dans l’arche que les deux tables de pierre</title><link href="https://tcheni.fr/basses%20trahisons/2025/12/05/il-n-y-avait-que.html" rel="alternate" type="text/html" title="Il n’y avait dans l’arche que les deux tables de pierre" /><published>2025-12-05T13:10:30+01:00</published><updated>2025-12-05T13:10:30+01:00</updated><id>https://tcheni.fr/basses%20trahisons/2025/12/05/il-n-y-avait-que</id><content type="html" xml:base="https://tcheni.fr/basses%20trahisons/2025/12/05/il-n-y-avait-que.html"><![CDATA[<blockquote>
  <p>אין בארון רק שני לחות האבנים אשר הנח שם משה בחרב אשר כרת יהוה עם בני ישראל בצאתם מארץ מצרים</p>
</blockquote>

<blockquote>
  <p>Il n’y avait dans l’arche que les deux tables de pierre, que Moïse y déposa en Horeb, lorsque l’Éternel fit alliance avec les enfants d’Israël, à leur sortie du pays d’Égypte.</p>
</blockquote>

<div style="text-align: right">— Rois, 8.9</div>

<p> </p>

<p>Je remercie Thomas Römer (on ne remercie jamais assez Thomas Römer) d’avoir attiré mon attention là-dessus, avec ce superbe commentaire, que je me propose de paraphraser avant de vous le commenter trop longuement : « dire qu’il n’y avait rien d’autre dans l’arche, c’est dire qu’il y avait autre chose ». À la fois implacable et entièrement herméneutique, donc infiniment discutable, ce commentaire est tout ce que j’aime dans la lecture de la Bible.</p>

<p>Nous parlons donc ici de l’arche d’alliance, que je ne vous fais pas l’affront de présenter, et de son contenu : les tables de la Loi. Comme Indiana Jones le savait bien, l’arche a été perdue, déclenchant au passage d’innombrables spéculations fantaisistes. Néanmoins, malgré son irrémédiable absence, l’arche n’est pas complètement hors du spectre de la recherche historique et archéologique, d’une part parce que les peuples du Proche-Orient ancien ont eu le bon goût d’avoir tous un peu les mêmes coutumes, coutumes qu’une riche iconographie et quelques jolies tablettes de terre cuite nous présentent encore, d’autre part parce que la bible est aussi un matériau de recherche historique malgré sa portée religieuse, et c’est tout à fait ce qui me fascine ici.</p>

<p>D’un point de vue purement linguistique, la formulation « il n’y avait que » (<em>ein rak</em>)  est déjà intéressante par elle-même, et c’est évidemment la base du commentaire, la puce à l’oreille. Pourquoi préciser qu’il n’y avait rien d’autre ? Pourquoi ne pas dire, il y avait ça, deux tables de pierre, point ? C’est évidemment parce qu’on pourrait croire qu’il y avait autre chose. Parce que la coutume <em>voudrait</em> qu’il y ait autre chose. Et qu’on préférerait qu’elle n’existe pas, celle-là.</p>

<p>Quelque chose, mais quoi ?
Quelque chose dont on voudrait bien oublier l’existence.
Or, quelle est la particularité du culte iavhiste circa cinquième-sixième siècle avant, période de rédaction des Rois<sup id="fnref:1" role="doc-noteref"><a href="#fn:1" class="footnote" rel="footnote">1</a></sup> ?
Sa particularité<sup id="fnref:2" role="doc-noteref"><a href="#fn:2" class="footnote" rel="footnote">2</a></sup>, c’est qu’il n’a pas d’idole et qu’il insiste bien là-dessus.</p>

<p>Mais est-ce que ça a toujours été le cas ? Probablement pas. C’est ainsi que le roi Mesha de Moab, sur une stèle de basalte du neuvième siècle que vous pouvez voir au Louvre, nous raconte :</p>

<blockquote>
  <p>Kamosh me dit : « Va, prends Neboh sur Israël ». J’allai de nuit et je l’attaquai depuis le lever du jour jusqu’à midi. Je la pris et je tuai tout, à savoir sept mille hommes et garçons, femmes, filles et concubines parce que je les avais voués à « Ashtar-Kamosh ». J’emportai de là les vases de YHWH<sup id="fnref:3" role="doc-noteref"><a href="#fn:3" class="footnote" rel="footnote">3</a></sup> et je les traînai devant la face de Kamosh.</p>
</blockquote>

<p>Je les traînais devant la face de Kamosh, autrement dit : je les emportai dans le temple pour les déposer auprès de la statue de mon dieu tutélaire, comme cela se faisait beaucoup au Proche-Orient ancien, comme la Bible elle-même l’admet lorsque les Philistins s’emparent à leur tour de l’arche dans le livre de Samuel et l’amènent dans le temple de Dagan (Samuel 5.1). Alors, évidemment, ces « vases » ne nous arrangent guère, on aurait aimé des statues ou, allez, des « visages », des « images ». Mais non : des vases. Cependant, des vases, c’est déjà quelque chose, déjà des objets, et des objets adorés — sans quoi Mesha ne se serait pas embêté à les présenter à la face de Kamosh. Ces vases, ce sont des idoles, quoi.</p>

<p>Pareil chez Sargon II (excusez du peu), quand il nous parle de la prise de Samarie en –706 (dans le 4e prisme de Nimrod, au British Museum celui-là) et se vante d’avoir « profané les dieux en lesquels ils croyaient ». Ce pluriel, déjà… mais laissons-le de côté et concentrons-nous sur les implications de cette profanation : qu’y a-t-il à profaner d’un culte aniconique ?</p>

<p>Et jusque dans la Bible elle-même, enfin, malgré ses tentatives d’obfuscation ultérieures ! Certaines traces d’idolâtrie demeurent. Lisez donc un peu Osée 5.10 :</p>

<blockquote>
  <p>Les habitants de Samarie seront consternés au sujet des veaux de Beth Aven. Le peuple mènera deuil sur l’idole, Et ses prêtres trembleront pour elle, Pour sa gloire, qui va disparaître du milieu d’eux.
Elle sera transportée en Assyrie, Pour servir de présent au roi Jareb. La confusion saisira Éphraïm, Et Israël aura honte de ses desseins.</p>
</blockquote>

<p>Allons bon, on vénérait donc des idoles zoomorphes en Samarie ? Des veaux d’or, peut-être ? Là encore, pour nous en assurer, la simple logique suffit : si Iahvé par l’entremise de Moïse interdit aux Hébreux de vénérer des veaux d’or, eh bien… c’est qu’ils en vénéraient. Sans quoi l’interdiction aurait été tout à fait hors de propos. Je ne vous interdis pas de vous laver les oreilles avec un canard en caoutchouc et, si je vous interdis de vous mettre les doigts dans le nez mes chers enfants, c’est bien parce que vous le faites.</p>

<p>Bref, les signes d’une iconographie iahvique ne manquent pas, en réalité. Ce n’est pas une grande surprise, ne serait-ce qu’en raison de la chronologie historique : si le culte de Iahvé s’est installé au Proche-Orient avant les conquêtes néo-assyriennes, ce qui semble être le cas<sup id="fnref:4" role="doc-noteref"><a href="#fn:4" class="footnote" rel="footnote">4</a></sup>, il est bien peu probable qu’il se soit distingué d’emblée de tous les autres cultes de la région par son caractère aniconique.</p>

<p>« Il n’y avait dans l’arche que les deux tables de pierre » est donc à comprendre exactement comme l’interdiction du veau d’or : la réécriture d’un état idolâtre antérieur. Quand les rédacteurs font passer, dans l’Exode, la construction du veau d’or comme un accident historique, il faut y lire la condamnation d’une pratique, si ce n’est contemporaine, du moins immédiatement antérieure à la rédaction. Quand ils écrivent qu’il n’y a dans l’arche que les deux tables de pierre, il faut comprendre qu’il y avait autre chose — statues, vases, veaux, peu importe —, une présence qu’on condamne à présent.</p>

<p>Et c’est ainsi que cette petite tournure négative anodine contient en elle-même toute une histoire. Que ces phrases de la Bible que tant tiennent pour immuables et sacrées sont en réalité pleines de mouvement, les signes d’un dialogue entre les siècles des siècles.</p>

<h5 id="notes">Notes</h5>
<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
  <ol>
    <li id="fn:1" role="doc-endnote">
      <p>Ou septième, allez, parce qu’on trouve là des traces deutéronomistes, mais j’en doute pour toutes les raisons que nous verrons ensuite. <a href="#fnref:1" class="reversefootnote" role="doc-backlink">&#8617;</a></p>
    </li>
    <li id="fn:2" role="doc-endnote">
      <p>Particulier, mais pas unique. Les Nabatéens pratiquaient eux aussi un culte aniconique, quoique plus tardivement. <a href="#fnref:2" class="reversefootnote" role="doc-backlink">&#8617;</a></p>
    </li>
    <li id="fn:3" role="doc-endnote">
      <p>Non, vous ne rêvez pas, c’est bien le tétragramme dans une stèle moabite. C’est que ce langage sémitique employait un alphabet proto-hébreu. <a href="#fnref:3" class="reversefootnote" role="doc-backlink">&#8617;</a></p>
    </li>
    <li id="fn:4" role="doc-endnote">
      <p>Une colonne du temple d’Amon à Soleb parle de Bet-Yahou, la maison de Iahvé. Elle date d’Amenhotep III, donc du XIVe siècle avant. Amenhotep III, vous savez : le père d’Akhenaton. <a href="#fnref:4" class="reversefootnote" role="doc-backlink">&#8617;</a></p>
    </li>
  </ol>
</div>]]></content><author><name></name></author><category term="Basses trahisons" /><summary type="html"><![CDATA[אין בארון רק שני לחות האבנים אשר הנח שם משה בחרב אשר כרת יהוה עם בני ישראל בצאתם מארץ מצרים]]></summary></entry><entry><title type="html">La gauche et l’antisémitisme</title><link href="https://tcheni.fr/psychologie%20des%20foules/2025/12/02/larme-a-gauche.html" rel="alternate" type="text/html" title="La gauche et l’antisémitisme" /><published>2025-12-02T20:38:30+01:00</published><updated>2025-12-02T20:38:30+01:00</updated><id>https://tcheni.fr/psychologie%20des%20foules/2025/12/02/larme-a-gauche</id><content type="html" xml:base="https://tcheni.fr/psychologie%20des%20foules/2025/12/02/larme-a-gauche.html"><![CDATA[<p>Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas bassiné avec cette sombre histoire, je me sens donc autorisé à en remettre aujourd’hui une petite couche à la faveur de la publication de ce sémillant article dans Hors-Série : <a href="https://www.hors-serie.net/antisemitisme-de-gauche-sur-une-grande-fake-news-de-notre-temps/">« Antisémitisme de gauche » : la grande fake news »</a>.</p>

<p>L’auteur, Julien Théry, professeur d’histoire à l’université Lyon II et animateur pour la chaîne Le Média, nous livre en effet dans ce petit article un condensé chimiquement pur de tout ce que j’évoquais précédemment. Ses prémisses sont limpides : il ne peut exister d’antisémtisme à gauche, c’est ontologiquement impossible. D’ailleurs c’est bien simple, tous ces multiples cas d’antisémitisme de gauche que vous croyez connaître, les insultes de la SFIO envers Blum, le complot des blouses blanches, les délires exterminatoires des pionniers, du socialiste Fourier à l’anarchiste Proudhon, ne sont que des anomalies locales qui s’expliquent de mille façons, mais certainement pas par la présence d’un antisémitisme de gauche.</p>

<p>De ces prémisses déjà passablement bancales (Staline pourra remercier l’auteur ; même mort, c’est pas tous les jours qu’on lui fait des cadeaux comme ça), il en tire une imparable conclusion : tous ceux qui, aujourd’hui, s’aventurent à relever ce qui ressemblerait parfois, on ne sait jamais, à des traces d’un très léger antisémitisme à gauche aujourd’hui, ne peuvent que se tromper.</p>

<p>Et il s’arrête là, bien content de lui.</p>

<p>Non, je rigole, il ne s’arrête pas là. Non seulement ils se trompent, ces malveillants, mais ils se trompent en service commandé. En service commandé par la droite israélienne. Oui oui. Je vous laisse pour preuve cette titraille, bien grasse, en plein milieu de page, pépouze :</p>

<blockquote>
  <p>Il fallait un « antisémitisme de gauche » pour aujourd’hui : la grande manipulation néolibérale-sioniste</p>
</blockquote>

<p>Ces accusations injustes que de pauvres hères, pauvres quoique juifs, osent lancer à la face de la sainte gauche sont une grande opération de propagande israélienne.</p>

<blockquote>
  <p>Il est devenu vital pour l’État d’Israël et ses défenseurs de disqualifier d’avance la critique de gauche, nécessairement dévastatrice, avec l’accusation malhonnête d’antisémitisme.</p>
</blockquote>

<p>Eh oui, on ne rêve pas, cet historien nous fait le coup de la hasbara (qu’il cite d’ailleurs ensuite, un peu après avoir déploré qu’on salisse ainsi Méluche). Vous la voyez venir, l’assimilation juif = sioniste, vous aussi ? Et pas n’importe quel sioniste, hein : sioniste génocidaire, s’il vous plaît. Et si vous ne la voyez pas venir, ne vous en faites pas, Julien Théry vous en a dressé la liste.</p>

<p>Une liste de vingt personnalités « génocidaires à boycotter » publiée sur son compte Facebook, parmi lesquelles Joann Sfar, dangereux dessinateur et génocidaire bien connu, ou encore Yvan Attal et même sa compagne au passage, Charlotte Gainsbourg, la pire de toute.</p>

<p>Comme on s’en doute, la LICRA s’en est émue, et comme on s’en doute, Julien Théry s’en est amusé :</p>

<blockquote>
  <p>Les petits fonctionnaires de la hasbara chassent en meute derrière la très mal nommée LICRA ! En confondant bien sûr “juifs” et “sionistes partisans du génocide en Palestine”… confusion typiquement antisémite”</p>
</blockquote>

<p>Le grand classique : ces gens-là c’est rien que des sionistes, voilà tout. Et les sionistes, on en fait la liste. Histoire de les dégager de chez nous. Legit.</p>

<p>Tellement legit qu’il a du soutien, Julien Théry, <a href="https://www.hors-serie.net/contre-un-maccarthysme-a-la-francaise-pour-tous-les-julien-thery-a-venir/">une longue tribune</a> qui s’insurge qu’on s’en prenne à cet innocent, signée, très très entre autres, par la France insoumise, évidemment.</p>

<p>Une longue tribune qui dénonce ce “maccarthysme à la française”<sup id="fnref:1" role="doc-noteref"><a href="#fn:1" class="footnote" rel="footnote">1</a></sup>, et où on lit ça :</p>

<blockquote>
  <p>L’article de Julien Théry, qui démonte cette idée d’un « antisémitisme de gauche », est donc dérangeant pour les soutiens à l’État d’Israël et leurs stratégies de communication.</p>
</blockquote>

<p>Vous voyez, quand je vous disais juif = sioniste génocidaire ? À présent, à la simple <em>pensée</em> que puisse exister un antisémitisme de gauche (pensée proprement “démontée” par notre historien en chef), vous serez classé parmi les soutiens à l’État d’Israël et même partie de leur stratégie de communication (c’est ça la hasbara, pour ceux qui l’ignoraient).</p>

<p>Mais je sens bien que vous doutez encore, alors j’enfonce le clou. Vous trouverez <a href="https://juivesetjuifsrevolutionnaires.fr/2025/12/02/non-lantisemitisme-dou-quil-vienne-nest-ni-residuel-ni-une-fake-news/">derrière ce lien</a> non seulement une analyse bien meilleure que la mienne de toute cette histoire mais, également, tout en bas, les visuels que Julien Théry postait encore récemment sur les réseaux sociaux. Si ceux-là ne dissipent pas les derniers doutes que vous pouviez concevoir quant à la pente résolument antisémite qu’emprunte ici ce monsieur, je ne donne plus très cher de notre avenir.</p>

<p>J’aimerais, pour finir, bien insister sur cette cascade réalisée sans trucage : prétendre démonter l’idée même d’un antisémitisme de gauche tout en l’étant soi-même. Voilà ce qu’a rendu possible le discours actuel.</p>

<p>Parce que le plus triste, le plus terrible, c’est qu’il est loin d’être le seul à la réaliser, cette cascade. Désormais, on peut tranquillement être antisémite et s’en blanchir dans le même mouvement, c’est comme ça, c’est ainsi. Il suffit de mettre un pauvre petit signe égal entre juif et sioniste<sup id="fnref:2" role="doc-noteref"><a href="#fn:2" class="footnote" rel="footnote">2</a></sup>, comme ça, d’autorité. Simple, mais il fallait y penser. Courage à tous ceux qui depuis cinquante ans s’échinent à nous expliquer la différence entre antisionisme et antisémitisme pour démêler ce merdier.</p>

<h4 id="notes">Notes</h4>

<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
  <ol>
    <li id="fn:1" role="doc-endnote">
      <p>Sans doute pour faire marrer les époux Rosenberg. <a href="#fnref:1" class="reversefootnote" role="doc-backlink">&#8617;</a></p>
    </li>
    <li id="fn:2" role="doc-endnote">
      <p>Et, encore une fois, « sioniste », ça peut être bien peu de choses. Vous êtes pour la solution à deux États ? Vous êtes sioniste. <a href="#fnref:2" class="reversefootnote" role="doc-backlink">&#8617;</a></p>
    </li>
  </ol>
</div>]]></content><author><name></name></author><category term="Psychologie des foules" /><summary type="html"><![CDATA[Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas bassiné avec cette sombre histoire, je me sens donc autorisé à en remettre aujourd’hui une petite couche à la faveur de la publication de ce sémillant article dans Hors-Série : « Antisémitisme de gauche » : la grande fake news ».]]></summary></entry><entry><title type="html">Histoires de la nuit</title><link href="https://tcheni.fr/lisez,%20lisez,%20il%20en%20restera%20toujours%20quelque%20chose/2025/11/08/histoires-de-la-nuit.html" rel="alternate" type="text/html" title="Histoires de la nuit" /><published>2025-11-08T08:14:00+01:00</published><updated>2025-11-08T08:14:00+01:00</updated><id>https://tcheni.fr/lisez,%20lisez,%20il%20en%20restera%20toujours%20quelque%20chose/2025/11/08/histoires-de-la-nuit</id><content type="html" xml:base="https://tcheni.fr/lisez,%20lisez,%20il%20en%20restera%20toujours%20quelque%20chose/2025/11/08/histoires-de-la-nuit.html"><![CDATA[<p>Toujours au top de l’actualité littéraire, j’ai lu, pour la première fois, Laurent Mauvignier le mois dernier, soit bien avant qu’il ait le Goncourt, pensez-vous ! Je ne mange pas de ce pain-là, moi. Par ailleurs, c’était un  autre livre que celui primé en 2025 : <em>Histoires de la nuit</em>. Et cette lecture, excellente au demeurant, n’a cessé de me renvoyer à mon amour des tiroirs.</p>

<p>J’en ai déjà parlé, <a href="https://tcheni.fr/journal%20d'un%20%C3%A9crivant/2025/01/29/la-vie-dans-les-plis.html">ici</a> et <a href="https://tcheni.fr/lisez,%20lisez,%20il%20en%20restera%20toujours%20quelque%20chose/2025/08/16/metamorphose-de-linterpetation.html">là</a>, de cet amour irrationnel. À propos de <a href="https://tcheni.fr/journal%20d'un%20%C3%A9crivant/2024/07/16/lego-du-homard.html">David Foster Wallance</a>, par exemple. Oui, ce n’est peut-être pas évident en première lecture, mais il s’agissait bien de ça. Du réel envisagé comme une commode gigogne dont chaque tiroir ouvrirait sur un autre, même pas forcément plus petit, et même, généralement : plus grand. Porter un œil sur le monde et se décider à le décrire, à le décrire vraiment, serait ainsi une entreprise de déploiement ou de défroissage, de projection mercatorienne des infinies dimensions du réel sur la page grâce au filtre des mots qui sont bien peu de choses, certes, pauvres artifices discrets, discontinus, par ailleurs en nombre finis malgré leur louable modularité, bien peu de choses donc mais qui parfois suffisent, faut-il croire, parce que ces mots ont du génie, parce qu’ils permutent, ils résonnent, ils irisent la phrase et d’un coup la voilà qui rayonne, qui s’épaissit, d’une ligne elle se fait plan, espace, elle gagne en dimensions, puis elle s’envole et elle éclate, très haut, comme un feu d’artifice, en des dizaines et des dizaines de petites boules de sens lumineuses et surprenantes, ces étincelles que produisent les mots qu’on frotte et qui viennent illuminer des recoins du réel qu’on ne soupçonnait même pas, ou plutôt si : qu’on n’avait jamais formulés mais qui maintenant ainsi étalés sous nos yeux sont immédiatement reconnaissables, immédiatement perçus comme vrais. Finis mais nombreux, vaillants, indépendants, plein de surprises, même si pas tout le temps, même si pas dans la bouche de tout le monde ou de tout le monde tout le temps, et certainement pas suffisamment dans la nôtre, la mienne, jamais à notre goût — c’est ce qui nous pousse à les chercher toujours, à les chercher plus loin, plus profond —, les mots savent parfois restituer une image comme si on y était justement parce qu’ils ne se contenteront pas de l’image mais donneront par surcroît l’impression, la valeur, l’analogie soudaine, le souvenir évoqué, autant de dimensions perçues qu’ils nous restituent, parce qu’ils décrivent bien sûr mais, surtout, parce qu’ils déplient.</p>

<p>C’est le genre de phrases qu’écrit Mauvignier. Pas tellement dans le fond, il est beaucoup moins chiant, mais dans la forme, cette fuite en avant, ces phrases qui ouvrent des tiroirs dans les tiroirs dans les tiroirs et qui, comme par miracle, s’achèvent à satisfaction<sup id="fnref:1" role="doc-noteref"><a href="#fn:1" class="footnote" rel="footnote">1</a></sup>. S’il est beaucoup moins chiant, c’est parce qu’il ne parle pas comme ça, comme moi, dans le vide théorique des généralités ; il reste toujours à hauteur de personnages. Ce qu’on va creuser ainsi par ces phrases à rallonge, ce sera toujours leurs vies intérieures, leurs pensées, leurs divagations, leur vérité profonde — parce que bien sûr, tout ça sonne vrai, tout ça sonne juste à de rares exceptions. Mauvignier ne décrit pas plus qu’un autre — j’en profite d’ailleurs ici pour dénoncer une méconception fréquente : décrire, ça ne veut pas dire parler des meubles. Décrire, c’est prendre le temps d’écrire. Écrire ce qu’il y a autour, typiquement, mais pas que. Parfois : dedans —, Mauvignier, donc, ne décrit pas plus qu’un autre, mais il prend le temps. Un temps fou, infiniment déplié lui aussi, alors qu’il nous propose un récit qui tient en gros sur une journée, mais surtout une soirée — une nuit. Une implacable unité de temps, mais qu’on dilate, presque jusqu’à la rupture. Et le plus étonnant, c’est que ce n’est pas au service d’une cause plus grande, comme on le lirait par exemple chez Sebald dans les <em>Anneaux de Saturne</em>, non, c’est au service de son récit, purement et simplement, un récit haletant, prenant. Un de ces livres où l’on se demande tout le temps ce qu’il va se passer ensuite, alors que le temps y passe très, très lentement. Pas un récit d’aventure tout de même, plutôt, disons, pour ne pas trop déflorer, un drame psychologique. Mais un récit qui au cinéma se traduirait indéniablement par les codes du suspense, par exemple.</p>

<p>Le résultat est surprenant, et très réussi, dirais-je.</p>

<h4 id="notes">Notes</h4>

<div class="footnotes" role="doc-endnotes">
  <ol>
    <li id="fn:1" role="doc-endnote">
      <p>Ce n’est peut-être pas le cas de la mienne, évidemment. Mais vous voyez l’idée. <a href="#fnref:1" class="reversefootnote" role="doc-backlink">&#8617;</a></p>
    </li>
  </ol>
</div>]]></content><author><name></name></author><category term="Lisez, lisez, il en restera toujours quelque chose" /><summary type="html"><![CDATA[Toujours au top de l’actualité littéraire, j’ai lu, pour la première fois, Laurent Mauvignier le mois dernier, soit bien avant qu’il ait le Goncourt, pensez-vous ! Je ne mange pas de ce pain-là, moi. Par ailleurs, c’était un autre livre que celui primé en 2025 : Histoires de la nuit. Et cette lecture, excellente au demeurant, n’a cessé de me renvoyer à mon amour des tiroirs.]]></summary></entry><entry><title type="html">Langue en furie</title><link href="https://tcheni.fr/apophtegmes/2025/09/08/au-fur-et-a-mesure.html" rel="alternate" type="text/html" title="Langue en furie" /><published>2025-09-08T15:17:30+02:00</published><updated>2025-09-08T15:17:30+02:00</updated><id>https://tcheni.fr/apophtegmes/2025/09/08/au-fur-et-a-mesure</id><content type="html" xml:base="https://tcheni.fr/apophtegmes/2025/09/08/au-fur-et-a-mesure.html"><![CDATA[<p>Ô pauvre fur si raisonnable qui ne s’exprime qu’avec mesure. Quand t’en libéreras-tu ?</p>]]></content><author><name></name></author><category term="Apophtegmes" /><summary type="html"><![CDATA[Ô pauvre fur si raisonnable qui ne s’exprime qu’avec mesure. Quand t’en libéreras-tu ?]]></summary></entry></feed>