Sur le plan politique[1], je ne sais plus très bien où j’en suis, sans le vivre trop mal. Plus à gauche, pas encore à droite, et pas tant qu’elle sera incarnée par la vulgarité crasse. Par-delà tout ça (mais c’est certainement une posture). La gauche s’arroge le monopole de la morale et du discours correct, la droite celui de l’intelligence et de l’attention aux faits. Le centre n’existe pas. La liberté m’est chère. L’égalité reste cependant un instinct puissant. La fraternité, cette touche du génie français qui croit pouvoir concilier les contraires, a été détournée en solidarité. L’éducation m’effraie. J’ai l’impression qu’elle s’effrite. Je ne sais pas ce que Joseph apprendra à l’école. Cette intuition, plus forte que jamais : la morale n’apparaît qu’avec un enfant.

L’extrême gauche voudrait empêcher les hommes d’être guidés par leurs intérêts. Là est son ridicule. L’extrême droite est passée du côté socialiste, ce qui pouvait lui arriver de pire (on la croyait pourtant mal engagée déjà).

Tout cela n’a pas grand sens. La vie politique française est un désastre. Il faudrait tout reconstruire et cela est impossible, et cela serait bancal, comme toutes les fois où des hommes ont cru aux vertus de la table rase (“Le temps, premier ministre de Dieu au département de ce monde”[2]). Alors nous avançons, vers on ne sait trop quoi, guidé par on ne sait qui, partant d’on ne sait où.

Le discours de candidature de Martine Aubry, lors de la primaire, était un chef-d’œuvre de langue de bois. Elle souhaite que tout aille mieux, par opposition à ceux qui souhaitent que tout aille pire, probablement. Nous sommes tombés dans ce piège de la société des médias : un grand jeu de bingo consistant à empiler les idées qu’il faut avoir, prononcées au bon moment. Tout le monde se focalise sur les buts, que tous partagent au moins dans les grandes lignes, et chacun de négliger les moyens, qui sont seuls intéressants. Le discours politique est devenu un exercice de pensée magique. D’un côté, croire vrai ce qui n’est que souhaitable. De l’autre, confondre l’effet et l’intention. Au milieu, quoi ?

Notes

[1] Avouez que je ne vous ai pas encore trop embêté avec ça. Je vous rassure : cela ne sera ni très long, ni très fréquent.

[2] Je me souviens.